Équiper un puits
Aussi : équiper une verticale, rigging, technique alpine, TPV, corde simple
La méthode d'équipement d'une verticale en corde simple — principes, main courante, tête de puits, fractionnements, déviations, communication, déséquipement, fiche d'équipement.
Sommaire
- Principes
- Facteur de chute
- Nœud en bout de corde
- Préparer
- Lire une fiche d'équipement
- Estimer la longueur de corde
- Pas à pas
- 1. Observer, analyser, anticiper
- 2. Main courante d'approche
- 3. Tête de puits
- 4. Purger le puits
- 5. Descendre en équipant
- 6. Fractionnements et déviations
- 7. Arriver en bas
- 8. Rabouter deux cordes
- Nœuds utilisés
- Communication
- Déséquiper
- Retex
- Sources
- À faire
Le premier de l'équipe installe la corde qui servira à tous, à la descente comme à la remontée ; il doit choisir un équipement adapté aux deux sens de progression sans négliger sa propre sécurité pour aller vite [1]. Cette page suit l'ordre d'un équipement réel : préparer, approcher, installer la tête de puits, descendre en fractionnant ou en déviant, arriver en bas, puis déséquiper.
Les détails sont sur les pages amarrages, main courante et fractionnement et déviation.
Principes
Ce que disent les textes, du plus récent (règles FFS 2025) au plus ancien.
| Principe | Ce que dit la source |
|---|---|
| Cohérence, clarté, confort | Un équipement cohérent assure le même niveau de sécurité tout au long d'un obstacle ; la simplicité facilite sa compréhension ; un équipement bien réglé diminue la fatigue [2]. « On ne prend pas plus de risques à l'entrée qu'au fond » ; le manque de matériel n'excuse pas d'outrepasser les principes de base [3]. |
| Partir d'une zone sûre, ne pas s'interrompre | L'équipement démarre d'un lieu hors de danger, se termine en un lieu sûr et « ne doit pas être interrompu » ; même logique de résistance sur toute la longueur, sans point faible [3]. |
| Amarrages irréprochables | Départs et arrivées de mains courantes, départs de verticales, fractionnements ou déviations qui changent fortement la direction ou contournent un obstacle dangereux, et dernier fractionnement avant la base : amarrages irréprochables [2]. Un amarrage artificiel seul n'est jamais irréprochable : il doit être doublé [2]. Voir amarrages. |
| Aucun frottement | La corde de progression « ne doit en aucun cas frotter, ni au niveau de l'amarrage ni sur toute sa longueur » quand elle est tendue par le poids du spéléo [3]. « Aucun frottement ne doit être toléré » [4] ; avec les cordes fines, y compris les frottements qui apparaîtraient après la rupture d'un amarrage [5]. |
| Facteur de chute ≤ 1 | Le matériel est conçu pour un facteur de chute ≤ 1 ; les cordes statiques ne sont prévues que pour des chocs de facteur 1 ; si un amarrage cède, la corde ne doit pas subir un choc de facteur > 1. Seules les longes, en corde dynamique, sont faites pour qu'on chute dessus quand on est au-dessus de l'amarrage [3]. Voir la section facteur de chute ci-dessous. |
| Hors crue, hors cailloux | S'écarter des obstacles dangereux (« hors cailloux, hors crue, etc. ») par mains courantes prolongées, fractionnements, déviations… [2] ; « HORS CRUE / HORS CAILLOUX » et nettoyage soigné à la première descente [6]. |
| Purger avant d'installer | Purger les puits avant installation d'un agrès [2] ; c'est l'équipeur qui nettoie, corde encore dans le sac [3]. |
| Nœud en bout de corde | Agrès « enkités » avec un nœud de sécurité à chaque extrémité [2]. Voir le tableau plus bas : les sources diffèrent sur le nœud et la distance. |
| La question à se poser | « Qu'est-ce qui se passe si ça casse ? » [6] ; « permettre à n'importe quel amarrage de pouvoir casser sans pour autant que cela soit dangereux » [7]. |
Facteur de chute
Le facteur de chute est le rapport de la hauteur de chute à la longueur de corde qui l'amortit [3]. Exemple donné par une fiche EFS : 3 m de chute libre retenus par 2 m de corde = facteur 1,5, « DANGER » [6].
- À un fractionnement, avec 1 m de mou et le point supérieur 10 m plus haut, le facteur vaut 1/10 = 0,1 ; le mou doit donc être suffisant pour le confort sans se soucier du facteur de chute [7]. Le manuel EFS le dit aussi : « il est faux de dire que la dimension de la boucle influe gravement sur le facteur de chute » [3].
- Le danger est au double amarrage mal conçu : deux nœuds sur la même horizontale (« niveau à bulle ») donnent un facteur de l'ordre de 1 [5] ; un amarrage de sécurité au même niveau ou plus bas que l'amarrage utilisé donne un facteur ≥ 1 [7].
- Piège : après une grande longueur, un fractionnement « exemplaire » à deux spits dont le second est plus bas peut donner un facteur 2 si c'est le spit supérieur qui casse [8].
- Parades : amarrages mieux placés, rallonger l'amarrage utile, « faux facteur » (grande ganse qui abaisse le nœud), nœud en Y [7].
- Cordes fines : un texte EFS de 1999 demande un facteur « strictement inférieur à 0,5 » pour la corde de 8 mm, des essais ayant montré que ce type de corde usagée se rompt au premier choc de facteur 1 [5] ; un support belge conseille de ne pas dépasser 0,7 à 0,8 en 8 mm [9]. Les deux textes divergent : prendre la valeur la plus prudente.
Nœud en bout de corde
| Source | Nœud | Distance du bout |
|---|---|---|
| [2] | « nœud de sécurité » à chaque extrémité | non précisée |
| [3] | nœud en huit, fait lors de la préparation des sacs | 1 m |
| [6] | pêcheur (serré) ; « 100 % des cordes sous terre » | 1 m |
| [7] | pêcheur double (permet de raccorder des cordes de diamètres différents) | 2 m |
Le principe commun : la corde dans le sac peut être plus courte que la verticale [3], et un bout de corde libre inutilisé ne doit jamais traîner (nœud, amarrage, ou écheveau serré) pour qu'un équipier ne le prenne pas pour une corde de progression [3].
Préparer
Lire une fiche d'équipement
Une fiche d'équipement liste, obstacle par obstacle, la corde et les amarrages nécessaires. Savoir « choisir le matériel à partir d'une fiche d'équipement » et « réaliser une fiche d'équipement à partir d'une topographie » font partie des compétences attendues en formation EFS [3].
Légende utilisée par le CDS 25 pour ses cavités brochées [10] :
| Abréviation | Sens |
|---|---|
| C28 | corde de 28 m |
| CP | amarrage avec la corde précédente |
| AN | amarrage naturel (arbre, trou dans la roche…) |
| AF | amarrage foré |
| B | broche |
| S | spit |
| Y | nœud répartiteur préconisé |
| D | déviation sur broche |
Les notations varient d'un auteur et d'une région à l'autre (MC pour main courante, P15 pour un puits de 15 m, fractio, dév…) : lire la légende de chaque fiche. Le CDS 25 précise que ses fiches sont indicatives et conseille d'emporter « un peu plus de matériel », cordes comprises [10].
Estimer la longueur de corde
Aucune des sources consultées ne donne de règle chiffrée de marge (voir À faire). Ce qu'elles demandent de prendre en compte :
- Tout l'obstacle : la main courante d'approche, la verticale, les boucles de fractionnement, les nœuds, la main courante éventuelle en bas. Le matériel collectif doit permettre d'équiper distinctement chaque obstacle, verticale et horizontale, de disposer d'une corde de secours supplémentaire et, en traversée, de pallier la perte d'une corde [2].
- L'élasticité : dans un grand tronçon, il faut compter le surplus de corde que prend l'allongement sous le poids, surtout pour régler les boucles de fractionnement [3]. Pour une corde EN 1891 type A ou B, l'allongement entre 50 et 150 kg est au maximum de 5 % (7 % pour le type L de la FFS) [11].
- Une corde trop courte reste possible : c'est la raison du nœud en bout de corde [3].
La simulation de longueur de corde fait partie des exercices des stages équipier (voir Retex).
Pas à pas
1. Observer, analyser, anticiper
Avant d'équiper, analyser l'accès, la verticale (hauteur, eau, profil, zones de frottement, chutes de pierres), les équipements intermédiaires visibles, la base et la suite ; l'équipement progressif complète ensuite l'information [2]. Regarder vers le bas pour repérer les dangers au lieu d'attendre d'être dessus ; chercher les amarrages « là où il les aurait placés s'il avait équipé lors de la première », plutôt que « premier spit vu, premier spit pris » [5]. L'équipement se fait à deux : si un frottement imprévu apparaît, celui qui équipe ne remonte pas, le second perfectionne l'équipement [4].
2. Main courante d'approche
L'approche du puits est protégée par une main courante qui part d'une zone sûre, sur un amarrage irréprochable, et amène à la tête de puits. Détails, règles et manière de s'assurer en l'installant : main courante.
3. Tête de puits
- Double amarrage : « Un ancrage double est impératif en tête de puits » ; un nœud en Y répartit les efforts et aide à choisir l'axe de la corde [1].
- Haut : choisir des amarrages assez hauts, au minimum à hauteur des yeux quand on est debout devant le puits ; à la remontée on pose les pieds sur le bord et on sort sur la main courante à moindre effort [3].
- Proches : les deux amarrages ne doivent pas être trop distants, pour éviter un pendule trop important si l'amarrage principal casse [3].
- Tous les deux plein vide : l'amarrage de secours ne sert pas qu'à éviter la chute, il doit remplacer l'autre ; se demander « si l'amarrage sur lequel je descends vient à lâcher, puis-je quand même remonter sans frottement ? » [8].
- Y tendu, nœud haut : le nœud d'amarrage double est posé de façon que les deux oreilles forment un angle plat, pour ne pas descendre le nœud et gâcher le confort de sortie [5]. La « règle des 120° » vient du calcul sur des élingues rigides [9] ; des mesures EFS de 2015 montrent qu'un Y posé à plat se referme vers 135° sous charge, chaque brin portant environ un tiers de plus que le poids du spéléo, et concluent que placer le nœud le plus haut possible en tendant le double amarrage « est souvent un gain en confort » [12]. Détails et tableaux : amarrages.
- Deux nœuds séparés plutôt qu'un Y : possible, à condition que les deux nœuds soient alignés dans la direction de la traction, sans mou entre eux, le nœud qui ne travaille pas n'étant pas serré [5].
Nœuds : nœud en Y (Mickey, huit ou neuf double, chaise double…), ou huit / neuf sur chaque amarrage. Façons d'y relier la corde (plaquette, Y, AS et Dyneema, amarrage naturel) : installer une corde.
4. Purger le puits
Avant que la corde soit en bas : pousser dans le puits tout ce qui risque de tomber, en étant soi-même assuré. La corde reste dans le sac accroché à l'équipeur et se libère pendant la descente ; ne jamais installer la corde puis nettoyer, les pierres l'endommageraient [3].
5. Descendre en équipant
- Le sac de corde est longé au harnais et la corde se déroule au fur et à mesure [3] ; les sacs sont longés et sécurisés au harnais dans les verticales [2].
- Pour s'arrêter et travailler (planter, poser un fractionnement), on s'immobilise au descendeur par une clé d'arrêt, seulement sur corde tendue ; quand on n'est pas en tension, on fait un nœud un peu plus bas sur la corde qui arrêtera la chute : « Mieux vaut chuter sur un nœud avec le descendeur que chuter sur une clé et éclater son descendeur » [7] ; même consigne dans le manuel EFS [3].
- Anticiper la suite : un frottement se traite par un fractionnement ou une déviation, posés à l'endroit du frottement.
6. Fractionnements et déviations
- Fractionnement : la corde est nouée sur un nouvel amarrage ; la descente reprend sous ce point. Il limite l'élasticité et les frottements, et permet d'avoir plusieurs personnes dans le puits, une seule par section [1].
- Déviation : la corde passe dans un mousqueton relié à la paroi, sans nœud ; on ne se suspend pas dessus [3].
Règles d'emplacement, de réglage de boucle, d'angle de déviation et de doublage : fractionnement et déviation.
7. Arriver en bas
- Le dernier fractionnement avant la base (ou avant une margelle) est irréprochable [2] : la hauteur de chute possible (boucle + allongement de la corde) peut dépasser la distance jusqu'au sol [8].
- Lover le surplus de corde en bas du puits, pour qu'il ne serve pas de corde de progression et soit à l'abri des pierres et des pieds [3] ; [9].
- Crier « libre » une fois dégagé (voir Communication).
8. Rabouter deux cordes
Le plus simple est de changer de corde à un fractionnement : lover proprement le reste de la corde supérieure en gardant son nœud d'arrêt, amarrer la nouvelle corde et la jonctionner à la précédente ganse dans ganse, la ganse qui travaille en appui direct sur le mousqueton sans écraser l'autre [3] ; même description chez [7]. En pleine verticale, le manuel EFS décrit le triple huit [3] ; il faut alors pouvoir se longer au passage du nœud [7].
Nœuds utilisés
Détails et résistances : comparatif des nœuds.
| Nœud | Usage en équipement | Source |
|---|---|---|
| Huit | amarrages, fractionnements, bout de corde ; sur cordes de 9 mm et plus | [3] |
| Neuf | comme le huit, parfois plus facile à défaire | [3] |
| Nœud en Y | tête de puits, fractionnement doublé : deux amarrages travaillent ensemble | [3] ; [1] |
| Papillon | milieu de main courante ; se règle pour tendre la corde | [1] ; [5] |
| Triple huit / huit tressé | jonction de cordes | [3] |
Communication
- « Libre ! » : le spéléo qui libère la corde le crie pour que le suivant commence sa descente [13].
- Quand la corde est-elle vraiment libre ? Si l'équipier du dessous est pendu sur un fractionnement non doublé et que celui-ci casse, sa chute tire violemment sur votre descendeur, qui n'est pas conçu pour ça. D'où la règle : la corde n'est libre que si l'équipier qui précède a franchi deux fractionnements, ou dès le premier si celui-ci est doublé [8]. Les essais GET/SSF concluent de même : « deux fractionnements d'écart » ou spits doublés aux fractionnements [13].
- Petzl : « un utilisateur maximum sur chaque section » [1].
- À la remontée, jeter un œil sur l'amarrage qu'on vient de quitter avant de crier « libre » : un mousqueton peut s'être retourné [8].
- Codes au sifflet : non documentés dans les sources consultées — à vérifier.
Déséquiper
- Le dernier remonte et déséquipe. Mains courantes faciles : sur la poignée, mousqueton de longe de poignée crocheté dans la corde ; mains courantes aériennes : assuré au bloqueur de poignée, corde passée dans le mousqueton de la longe longue [3].
- Fractionnements : passer le fractionnement, puis défaire l'amarrage [3]. « Ne dévisser un amarrage que lorsqu'on n'est plus pendu dessus » [7].
- Vérifier l'état des agrès, ancrages et amarrages en cours de route [2], et signaler les amarrages douteux (voir amarrages).
- Remettre les nœuds d'extrémité en enkitant : les agrès doivent être enkités avec un nœud de sécurité à chaque extrémité [2].
Retex
- Stage équipier Puiselet (sept. 2026) : exercices de conversions, de simulation de longueur de corde, d'équipement et de déséquipement sur rocher. #lesson
- Se longer dans le mousqueton de la déviation pour ne pas la perdre en la retirant. #lesson
- Aller retirer une déviation en haut pour récupérer du matériel : prévoir assez de matériel (et de corde) avant de s'engager, on arrive vite « à court de corde, de matériel et de temps ». #lesson #gear
- Installations avec cordelette Dyneema : configurations à retravailler. #gear
Sources
- [2] — règles FFS 2025 : définitions, règles d'équipement, matériel collectif.
- [3] — manuel EFS initiateur, chapitres 2.5 et 2.8.
- [8] — raisonnement sur le double amarrage et le « libre ».
- [5] — anticipation, nœuds d'amarrage double, frottement.
- [13] — essais de rupture de fractionnement.
- [4] — règles d'équipement avec le matériel léger.
- [1] — conseil technique Petzl.
- [6] — fiche « B.A.BA » EFS Centre-Val de Loire.
- [7] — document du Spéléo-club de Souillac.
- [9] — brevet B de l'UBS.
- [10] — légende des fiches d'équipement du Doubs.
- [11] — caractéristiques des cordes A, B, L.
- [12] — mesures EFS des efforts selon l'angle du Y.
- Pour aller plus loin, non consultés pour cette page : l'édition actuelle du manuel technique EFS [14] et [15].
À faire
- Confronter toute la page à l'édition actuelle du manuel technique EFS (les passages cités viennent de l'édition initiateur de 1996).
- Trouver une règle de marge de longueur de corde sourcée (EFS, fiche de stage équipier) — aucune source consultée n'en donne ; à vérifier.
- Codes de communication au sifflet : trouver une source fédérale — à vérifier.
- Ajouter des schémas (tête de puits en Y, faux facteur, niveau à bulle) — cf. demande de photos d'installations à améliorer (stage Puiselet).
- Vérifier les numéros de page du manuel EFS 1996 (pagination du PDF hébergé).
- Schémas : la main courante d'approche est dessinée sur la même corde que la tête de puits (le Y noué dans la continuité de la main courante) ; la page ne le dit pas explicitement — à vérifier.
- Fiche d'équipement : sens pratique de « CP » (amarrage avec la corde précédente) non expliqué par la légende du CDS 25, donc non dessiné dans l'exemple ; notation « R » (ressaut) absente des sources consultées — à vérifier.
Références citées
- Techniques pour l'équipement d'un puits
- Règles techniques et de sécurité — spéléologie (édition 2025)
- Manuel technique de l'École française de spéléologie — chapitre Initiateur (mise à jour mai 1996)
- L'utilisation du matériel léger dans la spéléologie moderne
- Les techniques spéléologiques légères (Les cahiers de l'EFS n°9)
- Le B.A.BA pour équiper en spéléo — approche de l'équipement classique
- Équiper (document technique du Spéléo-club de Souillac)
- Le double amarrage en questions
- Brevet B spéléologie — partie technologie
- Les cavités brochées du Doubs — fiches d'équipement
- Recommandations de la FFS concernant le matériel collectif de progression — cordes et connecteurs
- Répartition des efforts en fonction des angles d'un double amarrage en Y
- La rupture de fractionnement en cours de descente
- Manuel technique de spéléologie (4e édition)
- Techniques de la spéléologie alpine
Mis à jour 2026-09-24 · relu contre les sources 2026-09-24
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